Livres sur l’écriture : « Personnages & points de vue » et « Ecrire un livre »

Personnages et Points de vue, d’Orson Scott Card et Ecrire un livre – Comment éviter les pièges de l’écriture, de Gérard Raynal : que valent ces livres de conseils d’écriture ?


J’étais très enthousiaste à l’idée de pouvoir reprendre, pendant l’été, mon apprentissage théorique de l’écriture, comme je l’avais fait l’an dernier avec l’Anatomie du Scénario, de John Truby, et Comme par Magie, d’Elizabeth Gilbert (qui reste mon chouchou ❤️).

A l’époque, j’avais pris 20 pages de notes sur Word pour Truby !


Les deux livres lus cet été me semblaient complets au moment de les acheter. Celui d’O.S. Card, en particulier, faisait lieu pour moi de référence sur la narration.

Pourtant, j’ai été plutôt déçue par ces lectures que j’ai finalement survolées. La raison principale (qui est finalement assez valorisante pour moi) est que ces livres me semblent s’adresser à des auteurs plus débutants.

Voyons ça en détails.

Livres sur l'écriture : Ecrire un livre, de Gérard Raynal et Personnages et Points de vue, d'Orson Scott Card

Ecrire un livre – Comment éviter les pièges de l’écriture, de Gérard Raynal

Gérard Raynal écrit depuis 15 ans, avec une spécialité pour les romans de terroir.

Les 5 pages de sommaire de ce livre me promettaient un contenu très dense… Mais j’ai rapidement déchanté en voyant que chaque sous-partie était développée sur à peine plus d’un paragraphe.
Vous me direz que les titres des sous-parties (comme « Ah, je vous vois sourire » ou « Dur ou facile d’écrire ») auraient pu me mettre la puce à l’oreille.

Plusieurs caractéristiques m’ont dérangée (ce ne sont pas forcément des défauts, c’est juste que ce n’était pas ce que je recherchais) :

  1. Le livre s’adresse à des débutants complets

La cible de cet ouvrage, ce sont des personnes qui hésitent à se lancer dans l’écriture, mais n’ont même pas forcément une histoire en tête. Voire les personnes qui croient qu’écrire un roman n’est pas très compliqué, apporte rapidement une belle exposition médiatique et un confort financier (LOL).

La première partie du livre s’attache à combattre ces mythes, la deuxième explique comment trouver une idée. Deux pages sont consacrées à expliquer que le plagiat, c’est mal… Ce que je n’avais pas spécialement besoin d’apprendre.

  1. Il manque de structure

Le livre ne propose pas, comme celui de Truby, une progression logique de la prémisse à la liste de scènes en passant par les personnages. Les sujets sont mélangés, ce qui rend difficile de s’y retrouver.

On parle ainsi :

  • De l’envie d’écrire
  • Du sujet (jusqu’ici tout va bien)
  • Des questions de fond (plan, personnages, premier jet)… mêlées à des sujet comme « ordinateur ou stylo » ou « les a priori sur les best-seller »
  • De la rédaction et de l’importance de la concision
  • De la composition de la phrase 
  • Du style
  • De la personnification, des descriptions et de l’expression des sentiments
  • Des figures de style
  • De la virgule
  • De détails annexes (les logiciels d’écriture, l’humour, la couverture…)
  • Des corrections (avec une méthode à base de 10 relectures)
  • De l’exemple de la construction d’un roman
  • Du cas particulier du roman de terroir
  • De l’édition

Cette présentation donne par ailleurs l’impression que la préparation et la correction d’un roman sont des phases très mineures, et que le cœur du travail se joue au niveau des fioritures stylistiques. Autant dire que je ne suis pas tout à fait d’accord…

  1. Peu de place donnée aux sujets importants

L’auteur aborde les grands sujets classiques que sont le plan, les personnages ou encore le premier jet. Mais ceux-ci sont traités très rapidement, en une page à peine, sans apporter de méthode (l’auteur prévient d’abord au début du livre que ce n’est pas son but).

Au contraire, j’ai trouvé qu’un temps beaucoup trop important était consacré à des sujets qui n’ont, à mes yeux, que très peu d’intérêt. Par exemple : « quand faut-il écrire ? » ou « faut-il faire des paragraphes courts ou longs ? ».

Pour moi, ces questions dépendent de la personnalité de chaque auteur et du style de chaque histoire. Même si je comprends que ce sont des questions que les auteurs débutants peuvent se poser.

Il évoque encore des aspects de la narration qui semblent évidents, comme « soyez vraisemblables, évitez de faire vivre un Africain dans un igloo ». 


De nombreuses pages sont aussi consacrées au style, avec une approche assez basique :

  • L’auteur conseille d’éviter les pléonasmes, les phrases incomplètes (sans dec !), les doubles négations… On se croirait dans un cours de français pour élèves de 5ème
  • Il recommande de ne pas répéter les incises de type « dit-il » et d’utiliser à la place des verbes de parole complexes comme gronder, contester, diffamer, s’enquérir, etc., ce qui est parfaitement à l’opposé de mes propres convictions ^^
  • Il fait ensuite une longue liste de figures de style ce qui, là encore, m’a rappelé mes cours du collège sans m’être d’une grande aide en matière d’écriture. S’il suffisait d’enchaîner les prosopopées, les prolepses et les chiasmes pour « avoir du style » et écrire des romans mémorables, il me semble que ça se saurait.

En conclusion, ce livre peut intéresser des grands débutants qui n’ont pas encore fait l’expérience de l’écriture et se posent de nombreuses questions. Il apporte aussi des éclairages sur le genre particulier qu’est le roman de terroir.

Néanmoins, je ne le recommanderai pas si vous avez déjà l’expérience d’avoir écrit un roman, lu des manuels comme celui de Truby, ou si vous vous êtes renseignés sur internet sur les fondamentaux de l’écriture.


Personnages et Points de vue, d’Orson Scott Card

J’attendais beaucoup plus de cet ouvrage, qui est l’un des rares à aborder les questions de la narration – sujet dont on sous-estime souvent l’importance.


Cependant, j’aurais dû avant de l’acheter aller relire la critique qu’en faisait le blog Hiéroglyphes et Pattes de mouches, car je me suis retrouvée d’accord à 100% avec elle. Je vous invite à lire son article pour en savoir plus sur le contenu du livre.


Là encore, j’ai eu le sentiment de lire des choses que je savais déjà : comment trouver des idées de personnages, les différences entre personnages majeurs et mineurs… Même sur les sujets liés à la narration, je n’ai pas eu l’impression d’en apprendre plus que dans les articles de Stéphane Arnier (ce qui est logique, puisqu’il s’est lui-même inspiré d’Orson Scott Card).


J’ai aussi été gênée par les exemples utilisés par l’auteur, qui pour la plupart font appel à une culture cinématographique assez datée, et que je n’ai donc pas compris.

J’ai trouvé qu’il perdait parfois son temps sur des évidents, comme « votre personnage ne doit pas changer radicalement de comportement d’un passage à l’autre sans donner d’explication ». On s’en doutait un peu ^^


Néanmoins, le livre est tout de même intéressant, rappelle des notions importantes et développe quelques aspects originaux. 

Les deux casquettes de l’auteur : technicien et poète

Orson Scott Card souligne la spécificité de l’écriture par rapport à d’autres arts comme la musique, dans le sens où l’écrivain est à la fois compositeur et interprète.

Son rôle est d’une part celui d’un artisan, voire d’un technicien : construire un univers, des personnages, une intrigue, etc. Cet aspect technique est assez méconnu pour les personnes qui n’écrivent pas. Il peut aussi rebuter les débutants idéalistes quand on commence à parler de structure classique en 3 actes et à se rendre compte que, finalement, beaucoup d’histoires sont construites sur le même modèle, beaucoup de personnages s’appuient sur des stéréotypes.

L’autre rôle de l’écrivain, plus populaire, est en effet celui du poète. C’est lui qui va apporter un style et une personnalité – et c’est souvent à ça qu’on résume le talent soi-disant inné des « grands » écrivains.

Ah, Proust et ses phrases à rallonge ! Ah, Damasio et son style percutant ! Ah, Jaworski et son vocabulaire plus développé que le Larousse !

Ne vous méprenez pas, j’adore ces trois auteurs et leurs livres 🙂

Mais quand on débute en écriture, un piège courant consiste à croire qu’un joli style et un vocabulaire riche suffisent à faire une bonne histoire (ceci est un message à moi d’avant 2017). Proust, Damasio et Jaworski sont aussi excellents sur les aspects techniques de leurs histoires.

Et inversement, il n’y a pas de quoi se sentir nul si on a le sentiment de ne pas avoir un style assez remarquable, qu’on utilise un vocabulaire courant ou qu’on se contente d’une banale narration à la troisième personne et au passé.

Souvent, la simplicité, ça suffit très bien. Un texte qui évite les fautes d’orthographe ou de syntaxe, les contresens et les erreurs de narration, c’est déjà un bon début. Et l’originalité à tout prix n’est pas forcément une bonne option.

Le facteur dominant

J’ai également apprécié son concept de « facteur dominant » d’une histoire et l’impact que ça pouvait avoir sur la caractérisation des personnages.


Il distingue ainsi quatre genres d’histoires : celles axées sur un milieu (c’est-à-dire l’univers, comme La Terre du Milieu de Tolkien, mais aussi comme les westerns), sur une idée (avec un message fort à faire passer), sur un personnage, ou sur un événement (par exemple : comment réagir à une attaque de zombie). Si l’accent est mis sur le milieu, l’idée ou l’événement, Orson Scott Card estime qu’on peut utiliser des personnages moins complexes et plus proches des stéréotypes, car ce n’est pas eux dont le lecteur va se souvenir avant tout. 

Ainsi, la Terre du Milieu continue à nous fasciner après des décennies, alors que les personnages de la Communauté de l’Anneau ont pleinement utilisé (voire fondé) les stéréotypes du Magicien, du Nain et de l’Elfe, et que Tolkien a fait des Hobbits Merry et Pippin des personnages génériques que le lecteur ne différencie pas toujours.(C’est Orson Scott Card qui le dit, c’est pas moi !! #PasTaper). 

Il y a bien sûr des personnages dans le roman qui font preuve de complexité et dépassent les stéréotypes, mais ils ne constituent pas l’intérêt principal de l’épopée.

En résumé, je conseillerais ce livre à des auteurs qui débutent, veulent en savoir plus sur la création de personnages et surtout comprendre les principes élémentaires de la narration.


Je ne renonce pas pour autant aux livres sur la théorie de l’écriture ! Je suis convaincue d’avoir encore bien des choses à apprendre.

Avez-vous d’autres livres plus complexes à conseiller ? On me parle beaucoup de ceux d’Yves Lavandier et je pense y jeter un œil prochainement. Mais si vous avez d’autres propositions, je prends 🙂

Et en attendant, je vais peut-être aller relire mes notes sur l’Anatomie du Scénario


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6 commentaires sur “Livres sur l’écriture : « Personnages & points de vue » et « Ecrire un livre »

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  1. Merci pour cet article!
    Ma lecture de l’été était précisément Anatomie d’un scénario que j’ai trouvé génial! Je regarde maintenant films, livres et séries avec ce prisme, en essayant d’identifier les éléments mis en avant par Truby. Super. J’ai beaucoup aimé (lu plus tôt dans l’année) Storyworthy de Matthew Dicks.

    Aimé par 1 personne

  2. C’est comme dans de nombreuses pratiques techniques ou manuelles : il y a des bases à apprendre, et ensuite c’est beaucoup de pratique pour s’améliorer. L’écriture fait partie de cela, et je doute que tu découvres dans d’autres ouvrages des choses qui vont te révolutionner le cerveau (lis tout de même Lavandier, parce que c’est intéressant et « la » référence française, mais ne t’attends pas à être soufflée non plus ;))
    Je cite souvent le livre de Card car c’est le premier que j’ai lu (et en fait le seul ouvrage que je connaisse) qui parlait de narration, ce qui est assez fou de nos jours (tout le monde souhaite écrire mais personne n’explique nulle part ce B-A-BA en France, ça continue de me faire halluciner). Mais côté scénarisation, Truby demeure pour moi à ce jour la principale référence et si je ne devais conserver qu’un unique livre dans ma bibliothèque d’ouvrages de référence, ce serait l’Anatomie du scénario.
    Il faut te rendre à l’évidence : sur la théorie, tu as déjà toutes les bases. Reste que « savoir » et « savoir faire », ce n’est pas la même chose *du tout*. Tu n’as plus qu’à continuer d’écrire encore et encore !
    😉

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      1. Certaines choses ne s’acquièrent que par l’expérience. Et d’autres sont si spécifiques qu’on les trouve plus facilement sur des blogs spécialisés que dans des ouvrages généralistes (j’ai appris plein de « trucs » sur Mythcreants par exemple, mais si particuliers par rapport à telle ou telle situation que je doute de trouver l’info dans un livre de référence forcément plus « global »).

        Aimé par 1 personne

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