Tourner la page d’un roman (qu’on écrit)

La question m’est souvent posée en ce moment, quand je raconte que je vais publier un roman : est-ce que ce n’est pas trop difficile de terminer un livre ? Comment savoir qu’il est vraiment terminé ? Comment lutter contre la tentation de faire, encore et encore, des dernières retouches ?

Personnellement, je vis tout ça plutôt bien, je vais donc vous partager mon point de vue sur la question 🙂

Tourner la page d'un roman qu'on écrit

 

Accepter de dire « Terminé »

Si vous êtes en train d’achever un roman, je crois que la deadline (raisonnable) est votre meilleure amie. Se fixer une date butoir infranchissable est, je pense, la seule façon d’accepter de poser le stylo et de rendre sa copie. Sinon, c’est sûr qu’on pourra toujours continuer à corriger indéfiniment.

D’où peut venir cette deadline ? Soit vous êtes en relation avec un éditeur qui vous a demandé de rendre le manuscrit à une date précise, ce qui simplifie les choses, soit vous pouvez vous fixer vous-même une limite, en fonction de votre rythme d’écriture. Par exemple, si vous écrivez deux chapitres par mois et que vous en avez prévu 20, donnez-vous un an pour finir votre manuscrit (en vous laissant un peu de marge pour vous relire) et l’envoyer à des bêta-lecteurs. Une fois que vous avez reçu leurs retours, selon l’importance des changements à apporter à l’intrigue ou au style, fixez-vous une nouvelle deadline pour faire vos corrections. Et là vient le moment où vous pouvez contacter des maisons d’édition pour leur proposer votre texte !

Certains auteurs disent qu’ils ont la nausée à force de relire leur texte pour la énième fois et qu’ils ont hâte que ça se termine. Je n’ai pas vraiment eu cette sensation avec Le Page de l’Aurore : chaque relecture était plutôt une nouvelle raison de paniquer à la vue de mon ancien style et en me disant « mais comment ai-je pu écrire ça comme ça ! ». Et c’est normal : entre chaque étape on mûrit, on discute, on découvre de nouvelles techniques d’écriture, on a le cerveau plus ou moins frais, les détails de l’histoire plus ou moins en tête. Je n’ai donc pas tant ressenti de nausée, mais plutôt de la peur de ne pas réussir à le transformer suffisamment et à le corriger dans les temps (car là, j’avais une date limite pour renvoyer un manuscrit corrigé à mon éditrice).

 

Je ne vous en ai pas encore parlé mais j’ai fait lire mon roman à un professionnel pour avoir son opinion dessus, et pour qu’il en fasse la promotion en partageant son analyse dans sa newsletter … Je ne lui avais envoyé que le premier chapitre au début mais, comme il souhaitait connaître le reste de l’histoire pour savoir dans quelle direction elle partait, je lui ai transmis le manuscrit complet.

J’ai reçu son retour il y a quelques jours (et je vous avoue que j’étais assez anxieuse en l’attendant !). Je ne peux pas vous en partager les détails car sa critique aborde beaucoup de spoilers du roman, mais elle est globalement encourageante, et très flatteuse sur certains points ! Sur d’autres, notamment sur la structure d’ensemble et sur le rythme des premiers chapitres, il y a quelques conseils d’améliorations très pertinents. Dans la mesure où la mise en page du livre n’est pas encore terminée, je pourrais presque demander à mon éditrice d’intégrer des modifications dans certains passages …

Mais je ne vais pas le faire. D’une part, parce que ça serait risqué pour le planning de publication, et d’autre part parce que je n’ai plus envie de le retoucher. Pour moi, j’ai terminé ce roman fin juillet, et la page est tournée dans mon esprit : il est et restera dans cet état. Parce qu’il faut, justement, savoir s’arrêter. En revanche, les conseils que j’ai reçus n’en sont pas moins intéressants et me seront très utiles pour mon prochain roman. Le Bazar de l’Imaginaire parlait récemment des vertus de l’échec, et c’est un peu comme ça que je vois les choses. Je ne veux pas dire que Le Page de l’Aurore est un échec, loin de là ! Mais j’accepte qu’il soit imparfait parce que 1) ça me donne l’occasion de progresser et 2) la perfection est impossible. Si un jour j’écris un roman et qu’on me félicite sur sa structure, je serai encore plus ravie 🙂

 

Faire son deuil de son roman

Voilà un autre point souvent abordé quand on termine d’écrire un livre : est-ce que cet univers et mes personnages ne vont pas me manquer ?

Pour l’instant, je suis encore loin d’être en deuil, pour plusieurs raisons :

  • Sans aller jusqu’à la nausée que j’évoquais plus haut, j’ai quand même travaillé sur ce livre très intensément pendant un an et demi. Je suis donc ravie maintenant de pouvoir passer à autre chose et me consacrer à mes autres histoires !
  • L’aventure n’est pas terminée : le livre n’est pas encore sorti, mais quand il le sera j’aurai (j’espère !) l’occasion de replonger dedans à travers tous les commentaires et les questions de mes lecteurs. J’ai vraiment hâte que vous découvriez tout ça, et de pouvoir en discuter avec vous
  • La porte reste ouverte : je vous disais l’autre jour qu’il n’était pas exclu que je me lance, dans quelques temps, dans l’écriture de chroniques sur mon univers, notamment pour développer l’histoire de personnages secondaires. Je verrai, en fonction de vos retours, s’il y a des aspects que vous aimeriez approfondir
  • J’ai déjà la tête pleine de Météorites. Ce deuxième roman est aussi une histoire que j’ai en tête depuis très longtemps, et mon premier jet prenait la poussière depuis deux bonnes années. Je suis donc vraiment contente de pouvoir lui consacrer à nouveau de l’attention et de voir cet univers-là s’animer et s’enrichir. D’autant que mon expérience sur Le Page de l’Aurore va beaucoup m’aider à améliorer celui-là : je suis très critique envers moi-même sur mon premier jet, mais j’espère que ça me permettra d’aboutir à un résultat final vraiment satisfaisant. Et que mon deuxième roman sera encore meilleur que le premier !

Et vous, avez-vous déjà terminé d’écrire une histoire ? Comment l’avez-vous vécu ?

Crédits image : Mantas Hesthaven on Unsplash

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6 commentaires sur “Tourner la page d’un roman (qu’on écrit)

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  1. Utiliser une date limite pour se contraindre à terminer son roman est une bonne idée. Je pense qu’on n’est jamais vraiment satisfait de soi. Le mieux, c’est d’avancer et de s’améliorer avec le roman suivant. Personnellement, c’est ce que j’ai fait en 2016 en soumettant mon manuscrit. Je me suis dit:  » ma cocotte, ça ne sera jamais parfait, dépose-le! » J’ai failli m’arracher les cheveux en le relisant après la publication mais je peux vivre avec.

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  2. J’ai effectivement utilisé la technique de la deadline déjà : je voulais avoir « terminé » mon roman avant mes 30 ans^^ (par « terminé », j’entendais « prêt à être envoyé à des bêta-lecteurs »). Mais c’était surtout un moyen de me forcer à travailler plus vite qu’un moyen de décider quand m’arrêter. Pour mes corrections, j’avais une liste de problèmes à corriger, ce que j’ai fait jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien sur ma liste, et ensuite j’ai fait une relecture chronologique pour corriger le style, et je me suis arrêtée là.
    Mais de toute manière, je ne crains pas trop de trainer à l’infini sur le même roman, je ne suis absolument pas perfectionniste : je suis plutôt du genre à me fatiguer et à avoir envie de passer à la suite, ^^; D’ailleurs j’ai failli ne pas faire de phase de bêta-lecture pour mon premier roman, en partant du principe qu’un premier roman serait forcément mauvais, donc autant attaquer le suivant directement^^.

    Aimé par 1 personne

    1. Haha tu es un peu extrême à ta façon aussi ^^ mais c’est vrai que ce conseil va plutôt s’appliquer aux gens perfectionnistes ! A vrai dire, je ne me suis pas encore mis de deadline pour mon roman #2, je devrais peut-être … Ça pourrait être mon objectif de 2019 !

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  3. Je trouve cette démarche très saine. Un roman en chasse un autre. Et on avance.
    Car la finalité d’un roman n’est pas d’être écrit…
    … mais d’être lu ! 🙂

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  4. Je n’ai pas encore terminé un seul manuscrit que je tente d’écrire. Le problème vient peut être du fait que je ne possède pas de plan mais que j’écris automatiquement selon les images que je me construis dans ma tête et la méthode d’écriture. Du coup je prends mon temps et je ne me pose pas la question.

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