Corriger son roman : les défauts de style

Après une longue phase de réécriture de l’intrigue du Page de l’Aurore, j’ai attaqué depuis quelques mois l’amélioration du style. Mon éditrice m’aide beaucoup dans ces corrections : son regard extérieur, redoutable pour repérer les facilités littéraires, m’a permis de prendre du recul sur ma façon d’écrire m’aide maintenant à identifier moi-même les lourdeurs.

Corrections de style : les principaux défauts de mon roman

Corriger le style de son roman, c’est un exercice qui fait un peu mal à l’ego mais qui rend finalement assez fier quand on voit qu’on s’est amélioré 🙂 Pour vous montrer en quoi consistent ces corrections, voici les principales actions que j’ai mises en œuvre.

Traquer les répétitions

Il y a des expressions que j’utilise tout le temps sans m’en rendre compte (je sais, il faudrait que je passe à Antidote). Par exemple, sur l’avant-dernière version de mon document d’environ 125 000 mots, il y avait :

  • 188 « regard »
  • 142 « yeux »
  • 131 « sembler » et ses diverses conjugaisons
  • 129 « voix »
  • 100 « ton » (« d’un ton chaleureux », « d’un ton incertain », etc.)
  • 70 déclinaisons de « paraître »
  • 62 « l’air » et 25 « avec un air » (comme « avec un air gêné » ou « avec un air d’ennui »)

Et j’en oublie sûrement … Mais comme vous le voyez, l’aspect visuel est très important pour moi 😉

Couper ou fusionner les dédoublements d’adjectifs

Soit j’utilise deux adjectifs qui appartiennent au même champ lexical et sont redondants :

  • « Sérieux et impassible »
  • « Entouré et imprégné »
  • « des ruelles encombrées et pleines de monde »
  • « s’exprimer de façon directe et franche »
  • des maisons « branlantes et délabrées »
  • « un vent frais et vif »

Soit j’en utilise deux qu’on pourrait résumer avec un seul :

  • « Grand et magnifique »
    « grandiose »

Varier les images

Alors que je croyais avoir un style élégant et original, il s’avère que je suis complètement victime des clichés littéraires ^^ Quelques-uns reviennent régulièrement dans mon texte, comme :

  • Les vitres qui scintillent
  • Le bois sombre
  • Les murs de marbre blanc
  • Les tapis richement colorés
  • La mer d’un bleu étincelant

(Oui, c’est très chic chez moi)

 

Dynamiser les dialogues

J’ai tendance à laisser toutes les répliques des dialogues, alors que certaines n’ont pas d’intérêt et peuvent être coupées sans nuire à la clarté du récit (surtout à la fin du dialogue). C’est un peu ce que James Scott Bell appelle « les dialogues chamallow » :

  • « Bien sûr »
  • « C’est entendu »
  • « Je vous remercie »
  • « Très bien, allons-y »
  • « Nous ferions mieux d’aller voir »

Réduire les longueurs

C’est fou comme parfois on se complique la vie pour rien.

  • « à la lumière du soleil qui s’était levé depuis peu »
    « à la lumière du petit jour »
  • « le silence se fit dans l’antichambre mais aussi de l’autre côté des portes qui s’étaient ouvertes »
    « Le silence se fit brusquement de chaque côté des portes »

Simplifier les passages trop descriptifs

Dans mes descriptions, j’ai tendance à vouloir tout montrer, qu’il s’agisse des détails d’un bâtiment ou de chaque geste des personnages (et si vous ne savez pas pourquoi c’est un problème, je vous recommande la vidéo du Bazar de l’imaginaire).
De plus, j’utilise des verbes trop factuels dans mes premiers jets, qui se contentent de montrer les choses. À la relecture, j’essaie d’apporter une touche de poésie

  •  » De nombreuses personnes élégamment vêtues circulaient sur les marches et entre les portes imposantes du bâtiment » 
    « Un groupe de personnes gravit une volée de marches et s’engouffra entre les portes imposantes du bâtiment »

  • « Le valet de pied acquiesça, ouvrit la portière et déplia le marchepied pour leur permettre de sortir du véhicule » 
    ⇒ « Le valet de pied acquiesça, ouvrit la portière et s’effaça pour les laisser sortir du véhicule

  • « Ne vous en faites pas pour cela. En tant que page du Roi d’Or, vous recevrez une somme suffisante pour subvenir à vos besoins »
    ⇒ « Ne vous en faites pas pour cela, votre pension de page y subviendra »
  • « Ce n’est pas rare qu’il s’en prenne aux nouveaux venus, comme s’il essayait de mesurer leur résistance » 
    « Ce n’est pas rare qu’il s’amuse à mesurer la résistance des nouveaux venus »
  • « Je vous propose alors de commencer par le port. Nous allons monter sur une colline qui le surplombe, et d’où la vue est magnifique » 
    « Je vous propose alors de commencer par cette colline. Vous verrez, la vue sur le port y est magnifique. »
  • Mon préféré personnel : « Dans la chambre royale, les deux aides s’activaient toujours autour du lustre, l’un portant une boîte remplie de chandelles neuves et un sac de toile à l’usage des rebuts, l’autre œuvrant à la substitution des bougies » 
    ⇒ devenu « Dans la chambre royale, les deux aides s’activaient toujours autour du lustre pour y placer des bougies neuves »,
    ⇒ puis carrément supprimé, parce qu’en fait tout le monde s’en tape ^^

Voilà, je vous ai partagé les principales corrections apportées à mes 5 premiers chapitres 🙂 Je vous avoue que relire toutes ces anciennes versions me pique les yeux, c’est pénible de voir à quel point mon style était laborieux (et sans doute allez-vous trouver encore des faiblesses dans les versions corrigées !) … Mais j’y vois plusieurs enseignements constructifs :

  • C’est normal de ne pas pondre le plus beau style de l’univers au premier jet, ni même au deuxième, ni au troisième
  • Toutes les erreurs sont réparables
  • Tout ça démontre parfaitement l’utilité d’une phase de corrections approfondie
  • Je ferai mieux la prochaine fois

Prises une par une, toutes ces petites corrections ne changent pas grand-chose. Mais c’est l’ensemble des modifications qui permet d‘alléger l’histoire, d’éviter que le lecteur s’embourbe et de le faire un peu plus rêver.

Et vous, quels sont vos principaux défauts de style ? Et surtout, comment vous-y prenez-vous pour les repérer et les corriger ? 

 

Crédits image : Hans-Peter Gauster on Unsplash

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15 commentaires sur “Corriger son roman : les défauts de style

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  1. je vois pas trop en quoi c’est un défaut de parler de « bois sombre » et de « vitres qui scintillent »…? C’est si cliché que ça d’embellir un chouya ce genre de description? Ton récit fait mention d’un monde d’élégance, normal que ton écriture le soit un peu aussi, je trouve.
    Pour le reste, simplifier les descriptions, réduire les longueurs, dynamiser les dialogues, c’est très pertinent et tes exemples de modifications aident beaucoup à nous figurer ce qu’il faut concrètement faire comme démarches en termes de correction.

    Antidote est mon meilleur ami. Je te le conseille vivement, il me sauve un temps précieux. C’est le couteau suisse de l’écrivain:y a tout dans un seul outil là-dedans; dictionnaires, synonymes, conjugaisons, correction de langue, de typographie, de style, syntaxe… Et puis, pour la québécoise que je suis, ça m’aide beaucoup à écrire de façon internationale. Je sais que le logiciel est cher (et si tu as encore ton antiquité d’ordinateur, ça pourrait le rendre encore plus lent) mais c’est un bon investissement. Ça ne remplacera pas Iseult, hein, mais ça vous enlèverait un peu de boulot à toutes les deux 😉

    Aimé par 1 personne

    1. Je songe de plus en plus à craquer ! Et je pense que je ne vais pas tarder à changer d’ordinateur aussi, ça ne fera pas de mal 🙂 Merci pour ton avis en tout cas
      Pour le bois sombre et les vitres qui scintillent, ces expressions ne sont pas un problème en soi mais le truc c’est que je les utilise un peu tout le temps ^^ Donc j’essaie de varier un peu plus les images.

      J'aime

  2. Ah, j’ai moi aussi un problème de « bois sombre » haha.
    Par curiosité, comment as-tu compté les occurrences si tu n’utilises pas Antidote ?

    Aimé par 1 personne

  3. C’est joli comme expression, les dialogues chamallow^^.
    Au départ, j’avais tendance à « m’écouter écrire » et à faire des phrases beaucoup trop alambiquées. Je me suis améliorée depuis, mais je continue à vouloir « montrer » puis « dire », au cas où le lecteur n’ait pas trop bien suivi la première fois…
    Le fait de relire à voix haute avec mon compagnon m’a beaucoup aidée à identifier mes problèmes de style.
    Merci pour cet article !

    Aimé par 1 personne

  4. Comme les grands maitres de la littérature écrivaient à la main, on a retrouvé de très nombreux brouillons ou versions de travail de romans célèbres. Même eux n’écrivaient pas de belles phrases du premier coup et raturaient beaucoup. Si votre version publiée est très proche de votre premier jet, c’est que vous ne travaillez pas assez ! Prendre conscience de la nécessité de ces changements est déjà un pas important à faire pour un auteur novice.
    Bon courage pour ta réécriture !

    Aimé par 1 personne

  5. Très intéressant et tout à fait d’accord. Et puis ça permet de préciser que la phase de correction, c’est surtout pour corriger les problèmes de récit ou de style que pour l’orthographe 🙂

    Aimé par 2 personnes

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