Ecriture : Les règles d’or de Pixar

[Préambule : l’inspiration pour cet article m’est venue grâce au blog de l’auteur Stéphane Arnier. Si vous aimez écrire et que vous ne connaissez pas encore ce blog, je vous invite vivement à le découvrir. On y trouve une multitude de conseils passionnants sur la dramaturgie, la narration, le style, la construction des personnages … Plein d’idées, de réflexions, d’illustrations et d’exercices utiles aux auteurs débutants comme expérimentés ! Une série d’articles est actuellement en cours sur les règles d’or des célèbres Studios Pixar, et c’est là-dessus que j’attire particulièrement votre attention aujourd’hui.]

Pixar, ce sont les rois des histoires. Qui n’a pas versé une larme aux premières minutes de Là-Haut ? Tremblé pour retrouver Nemo ? Repensé le fonctionnement de son cerveau après avoir vu Vice-Versa ? Leurs histoires ont une beauté à la portée quasi-universelle, et réussissent à parler aussi bien aux enfants qu’aux adultes. En 2014, une ancienne scénariste de Pixar a partagé au grand public les règles d’or que ces studios utilisent pour construire leurs scénarios : 22 règles simples, mais très puissantes. Je vous propose une petite plongée dans celles qui m’ont le plus interpellée.

Ecriture : les règles d'or de Pixar

Les 22 règles

  1. You admire a character for trying more than for their successes.
    On admire davantage un personnage pour ses tentatives que pour ses réussites

  2. You gotta keep in mind what’s interesting to you as an audience, not what’s fun to do as a writer. They can be very different.
    Il faut garder à l’esprit ce qui est intéressant aux yeux d’un public, pas ce qui est fun à écrire en tant qu’auteur. ça peut être très différent

  3. Trying for theme is important, but you won’t see what the story is actually about til you’re at the end of it. Now rewrite.
    Il est important d’essayer de traiter un thème particulier, mais vous ne comprendrez le véritable sens de l’histoire qu’en arrivant à la fin. Après, réécrivez

  4. Once upon a time there was ___. Every day, ___. One day ___. Because of that, ___. Because of that, ___. Until finally ___.
    Il était une fois __. Tous les jours, __. Un jour, __. A cause de ça, __. A cause de ça, __. Jusqu’à ce que finalement __

  5. Simplify. Focus. Combine characters. Hop over detours. You’ll feel like you’re losing valuable stuff but it sets you free.
    Simplifiez. Concentrez. Regroupez les personnages. Évitez les détours. ça donne l’impression de perdre des choses précieuses, mais ça libère

  6. What is your character good at, comfortable with? Throw the polar opposite at them. Challenge them. How do they deal?
    En quoi votre personnage est-il doué ? Avec quoi est-il à l’aise ? Envoyez-le face à quelque chose de complètement opposé. Mettez-le en difficulté. Comment réagit-il ?

  7. Come up with your ending before you figure out your middle. Seriously. Endings are hard, get yours working up front.
    Trouvez votre fin avant de définir votre milieu. Sérieusement. Les fins sont complexes, faites-en sorte que la vôtre guide le reste du travail

  8. Finish your story, let go even if it’s not perfect. In an ideal world you have both, but move on. Do better next time.
    Finissez votre histoire, arrêtez d’y revenir même si ce n’est pas parfait. Dans un monde idéal on pourrait atteindre la perfection, mais il faut passer à autre chose. Faites mieux la prochaine fois.

  9. When you’re stuck, make a list of what WOULDN’T happen next. Lots of times the material to get you unstuck will show up.
    Quand vous êtes bloqué, faites une liste de tout ce qui ne POURRAIT PAS arriver ensuite. Très souvent, vous allez découvrir l’idée qui vous débloquera

  10. Pull apart the stories you like. What you like in them is a part of you; you’ve got to recognize it before you can use it.
    Disséquez les histoires que vous aimez. Ce que vous appréciez en elle fait partie de vous, il faut l’identifier avant de pouvoir l’utiliser

  11. Putting it on paper lets you start fixing it. If it stays in your head, a perfect idea, you’ll never share it with anyone.
    Mettre les mots sur le papier permet de commencer à les corriger. Si ça reste dans votre tête, même si c’est une idée parfaite, vous ne la partagerez jamais avec qui que ce soit

  12. Discount the 1st thing that comes to mind. And the 2nd, 3rd, 4th, 5th – get the obvious out of the way. Surprise yourself.
    Ne partez pas sur la première idée qui vous vient. Ni la 2ème, ni la 3ème, ni la 4ème, ni la 5ème – débarrassez-vous de l’évidence. Surprenez-vous

  13. Give your characters opinions. Passive/malleable might seem likable to you as you write, but it’s poison to the audience.
    Donnez des opinions à vos personnages. En écrivant, vous pouvez apprécier un personnage passif/malléable, mais c’est l’horreur pour un public

  14. Why must you tell THIS story? What’s the belief burning within you that your story feeds off of? That’s the heart of it.
    Pourquoi devez-vous raconter CETTE histoire ? Quelle est la conviction brûlante en vous dont cette histoire se nourrit ? C’est ça, son cœur

  15. If you were your character, in this situation, how would you feel? Honesty lends credibility to unbelievable situations.
    Si vous étiez votre personnage, dans cette situation, comment vous sentiriez-vous ? L’honnêteté donne de la crédibilité aux situations rocambolesques

  16. What are the stakes? Give us reason to root for the character. What happens if they don’t succeed? Stack the odds against.
    Quels sont les enjeux ? Donnez-nous des raisons de vouloir encourager le personnage. Que se passe-t-il s’ils ne réussissent pas ? Confrontez-le à des obstacles et des difficultés

  17. No work is ever wasted. If it’s not working, let go and move on – it’ll come back around to be useful later.
    Aucun travail n’est inutile. Si ça ne fonctionne pas, laissez tomber et avancez – ça deviendra utile plus tard

  18. You have to know yourself: the difference between doing your best & fussing. Story is testing, not refining.
    Il faut se connaître soi-même, faire la différence entre faire de son mieux et pinailler. Ecrire c’est essayer, et non raffiner

  19. Coincidences to get characters into trouble are great; coincidences to get them out of it are cheating.
    Utiliser des coïncidences pour mettre vos personnages dans le pétrin, c’est génial. Utiliser des coïncidences pour les sortir d’affaire, c’est de la triche

  20. Exercise: take the building blocks of a movie you dislike. How d’you rearrange them into what you DO like?
    Exercice : prenez les briques d’un film (ou livre) que vous n’aimez pas. Comment pourriez-vous les réarranger pour construire quelque chose que vous aimeriez ?

  21. You gotta identify with your situation/characters, can’t just write ‘cool’. What would make YOU act that way?
    Il faut s’identifier avec la situation/les personnages, vous ne pouvez pas juste écrire « c’est cool ». Qu’est-ce qui pourrait vous pousser, VOUS, à réagir comme ça ?

  22. What’s the essence of your story? Most economical telling of it? If you know that, you can build out from there.
    Quelle est l’essence de votre histoire ? La façon la plus économique de la raconter ? Si vous savez ça, vous pouvez construire sur cette base

Il y a quelques recoupements dans ces règles : sur l’importance du thème de l’histoire (3, 14, 22), sur le fait de se mettre à la place de son personnage (15, 21). Mais dans l’ensemble, je trouve qu’elles posent toutes des bonnes questions. Pour la plupart, il s’agit plutôt de conseils sur « comment écrire » que sur « ce qu’il faut écrire » (sauf peut-être la 4), et je trouve ça très important, ça permet d’éviter de tomber dans l’écueil où toutes les histoires se ressemblent.

À l’heure où j’écris cet article, seule les 10 premières règles ont été étudiées dans les articles de Stéphane Arnier. À la lumière de son interprétation, les règles qui m’intéressent le plus parmi ces 10 premières sont la 1, la 4, la 5, la 6 et la 10.

Règle n°1 : Essayer, quitte à se planter

Ce qui m’intéresse dans cette règle, c’est le rôle actif qu’elle donne au personnage. En analysant mes romans en cours, je me suis rendue compte que trop souvent mes héros sont dans un rôle passif, ou en tout cas réactif : des événements leur arrivent, des catastrophes leur tombent sur la tête, d’autres personnages croisent leur route. Ils peuvent être dynamiques dans leur réaction à ces péripéties mais voilà le souci : ils sont trop souvent en réaction. Ils manquent d’initiative, ils n’entreprennent pas de grandes choses à moins de ne pas avoir d’autre choix, ils prennent peu de décisions.

Alors est-ce que c’est un reflet de mon propre caractère un peu casanier, ou est-ce que c’est plutôt une question de culture de la peur de l’échec, sans doute un peu des deux. Dans tous les cas, ça pose un souci. L’ennui avec des personnages trop réactifs, c’est qu’ils ne font pas vraiment avancer l’intrigue. Léa, du Bazar de l’Imaginaire, en parle très bien dans cet article et cette vidéo sur les personnages proactifs. Je me rends compte que je ne mets pas suffisamment mes personnages en difficulté, et que quand je le fais soit la situation se décante d’elle-même, soit quelqu’un d’autre leur apporte de l’aide.

Je ne laisse pas à mes personnages l’occasion de montrer leur propre valeur … Ni l’occasion de se planter. Car c’est ça qui est intéressant dans la réflexion autour de cette règle : nos personnages sont humains, et comme nous parfois ils prennent de mauvaises décisions. Ils se trompent, ou tombent dans un piège, ou font tout de travers, mais au moins ils sont responsables de ce qui leur arrive et font avancer l’histoire. Et, échec après échec, ils pourront finir par grandir et par atteindre la victoire (ou pas, mais personnellement je suis plutôt adepte des happy ends 🙂 )

Règle n°4 : Structurer le récit

On pourrait penser que cette proposition de structure conduit à écrire toujours le même genre d’histoires, mais je pense qu’elle est suffisamment large pour laisser de la place à l’originalité. Faites-le test : ça marche avec Harry Potter, Star Wars, La Passe-Miroir, Angélique Marquise des Anges, et j’en passe. Bien sûr, on peut toujours choisir de s’éloigner de cette structure classique, mais elle a l’intérêt de poser des bases solides. Personnellement, comme je vous le disais au sujet de Météorites, j’ai une certaine tendance à galérer avec mes structures.

On entend souvent aujourd’hui le conseil de commencer un roman directement in medias res, en plein dans l’action, et de zapper l’introduction qui peut manquer d’intérêt (si vous étiez là pour mes premiers articles, souvenez-vous du concept de Happy People in Happy Land présenté par James Scott Bell). Or cette règle a le mérite de rappeler que si, l’introduction a de l’intérêt, parce qu’elle permet de montrer d’où part le héros et en quoi le bouleversement de son quotidien va l’entraîner dans une suite de péripéties. Le moment où il perd ses repères correspond souvent à un enjeu majeur de l’histoire : soit le héros va tenter de retrouver sa situation initiale (s’il a perdu quelque chose, par exemple), soit de se venger, soit au contraire de s’en éloigner le plus possible (si par exemple il a fait fortune et accède à la gloire dont il a toujours rêvé).

Cette règle met aussi en avant l’idée que les actions des personnages ont des conséquences, et que ces conséquences ont un impact direct sur l’intrigue. Il y a régulièrement des points de pivot qui font basculer l’histoire dans une nouvelle direction, pour amener jusqu’à la situation finale.

Règle n°5 : Éloge de la simplicité

C’est l’un des retours que mon éditrice me fait le plus souvent dans les corrections du Page de l’Aurore : simplifier. Supprimer les personnages qui n’apparaissent qu’une fois et ne font pas avancer l’histoire, même si ça me brise le cœur parce qu’ils avaient un nom super cool et une coiffure stylée. Alléger les scènes d’exposition. Simplifier les phrases de 12 kilomètres. Ne pas utiliser 2 adjectifs quand un seul suffit.

Les premières fois, ça paraît terrible, on passe un peu par toutes les phases du deuil. Et puis on se rend compte qu’on s’en est remis. Mieux : on se rend compte qu’on a complètement oublié avoir supprimé tel paragraphe ou tel personnage inutile. Et que le texte y a gagné. Du coup la fois suivante, ça fait toujours un peu mal à l’ego mais on sait que c’est comme enlever un pansement : on ferme les yeux, on coupe, et on oublie.

Règle n°6 : La joie des contraires

J’aime beaucoup cette règle pour plusieurs raisons :

  • Elle pousse à creuser les personnages dès le départ, en réfléchissant à ce qui fait leur spécificité au-delà de leur caractère et de leurs traits physiques
  • Elle apporte un vrai dynamisme, un effet de balancier. Mettre en regard des talents et l’impossibilité de les exercer. Comme le montre Stéphane Arnier, l’intérêt de l’exercice est de pousser le personnage à voir au-delà de ce talent sur lequel il s’est toujours reposé, et développer d’autres qualités pour s’en sortir

A ce sujet, je vous renvoie à mon article sur les conseils d’écriture de Writing Excuses et notamment au paragraphe sur le héros, ses failles et ses talents.

La règle n°10, qui consiste à analyser les histoires qu’on aime pour voir ce qu’elles ont en commun, m’intéresse beaucoup également. Je n’ai pas encore eu l’occasion de la mettre en pratique, mais j’aimerais vraiment faire l’exercice pour voir ce qui en ressort. Je vous ferai peut-être un article sur le sujet à l’occasion.

Voilà pour cet article ! Il est un peu long mais j’espère qu’il vous a intéressés et permis de faire des découvertes 🙂 Que pensez-vous de toutes ces règles d’or ? Les connaissiez-vous ? Les avez-vous déjà mises en pratique ?

 

Crédits image : Logo Pixar

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12 commentaires sur “Ecriture : Les règles d’or de Pixar

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  1. Chouette liste ! Le point sur les coïncidences m’a fait sourire — et est très vrai. J’apprécie aussi beaucoup celui qui dit qu’on aime davantage un personnage pour ses tentatives que pour ses réussites. Et ton éditrice a bien raison quant à la sobriété, l’on est souvent tellement pris dans notre ligne que ce qui est simple à nos yeux pourra alourdir d’autres. Quant à la question du « pourquoi cette histoire-ci ? », vaste question, la plus belle et la plus difficile ^^ Je me la pose encore sur mon roman actuel ^^
    Bref, j’apprécie beaucoup tes articles motivés et motivants !

    Aimé par 1 personne

  2. On ne peut pas nier que Pixar est une machine à blockbusters, donc leurs règles doivent forcément avoir une part de vérité, quelque chose d' »universel » qui parle à tout le monde grâce à sa simplicité. Je ne pense pas que ce soit la seule manière d’écrire une bonne histoire, mais ce sont tout de même de bons principes, qui méritent qu’on s’y attarde. J’aime particulièrement la règle 19, l’histoire des coïncidences qui sont top si elles créent des péripéties mais agaçantes si elles les résolvent…

    Aimé par 2 personnes

  3. Merci pour cet article très intéressant !
    Moi je ne suis pas partisane de la simplicité à tout prix. Les petits personnages anecdotique font la force d’un récit je trouve, et la complexités des intrigues est vraiment quelque chose que j’apprécie. Et l’exemple parfait c’est Game of Thrones !

    Aimé par 1 personne

    1. Tu as raison, la sobriété ne doit pas être un objectif en soi, et comme toi j’apprécie beaucoup les univers qui fourmillent de détails. L’enjeu pour moi, c’est surtout de faire la différence entre les anecdotes qui permettent d’illustrer une ambiance et d’enrichir l’histoire, et celles qui l’alourdissent sans avoir vraiment d’utilité. Dans Game of Thrones, ce qui est impressionnant, c’est que des détails qui paraissaient anodins trouvent finalement une utilité quelques tomes plus tard 🙂

      Aimé par 1 personne

  4. Non, je n’ai pas versé une larme au début de Là-Haut, j’ai pleuré comme une madeleine et je ne m’en suis toujours pas remise (même si le reste du film ne m’a pas passionnée^^)…
    Je trouve les fameuses règles de Pixar très intéressantes, non pas en tant que règles, mais plutôt en tant que source d’inspiration et d’idées, surtout lorsqu’on est un peu bloqué.
    Merci pour cet article !

    Aimé par 2 personnes

  5. Bon jour,
    Je peux résumer par : comment créer un blockbuster 🙂
    Si on prend les films, en fait, la plus part des scenarii fonctionnent comme ça … dans le style USA. En fait quand on en voit un, on les a tous vus. C’est la même recette. Mais cela ne fait pas toujours … recette. Effectivement on aura beau avoir les ingrédients il faut compter sur les acteurs, réalisateur, moyens … etc et pour finir les spectateurs doivent être séduits … 🙂
    En fait, pour l’exemple des contraires cela fonctionnent depuis que le cinéma existe comme Laurel et Hardy sont toujours présents comme ce « couple  » des « Intouchables »…
    Bref comment être hors sujet alors que l’article est sur les films de dessins animés 🙂 🙂
    Max-Louis

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