Conseils d’écriture de professionnels #3 : Writing Excuses

Je reviens pour la suite de la série des conseils d’écriture de professionnels. Si vous voulez retrouver les épisodes précédents, c’est par ici :

Episode 1, les conseils de James Scott Bell

Episode 2, les conseils de Stephen King

Présentation de Writing Excuses

Writing Excuses est un site qu’une amie m’a fait découvrir il y a quelques mois et qui regorge de centaines de conseils divers et variés sur l’écriture. A la base, il s’agit d’une série de podcasts de 15 minutes environ réalisés par des écrivains, pour des écrivains. Leur slogan : « Fifteen minutes long, because you’re in a hurry, and we’re not that smart » (« 15 minutes de long, parce que vous êtes pressés et qu’on n’est pas si intelligents que ça »). La série a été créée en 2008 et compte aujourd’hui 12 saisons de 30 à 50 épisodes chacune … Je vous laisse faire le compte. La beauté de la chose, c’est qu’on peut faire son choix parmi tous ces sujets et sélectionner ceux qui nous intéressent le plus, ceux qui correspondent le mieux à nos interrogations du moment.

Les premières saisons couvraient des sujets divers, les 3 dernières se concentrent sur des thèmes particuliers : les genres littéraires, la structure, les personnages.

Les transcriptions de ces podcasts à l’écrit sont disponibles sur leur site internet et, personnellement, je préfère ce média car j’ai énormément de mal à me concentrer sur des supports audio. Une fois encore, en revanche, c’est tout en anglais.

Voici, pour vous donner une idée, la liste des épisodes de la saison 1 :

  1. Brainstorming
  2. Blending the familiar and the original / Mélanger le familier et l’original
  3. Killing your darlings / Tuer vos chéris
  4. Beginnings / Les débuts
  5. Heroes and protagonists / Héros et protagonistes
  6. Flaws vs handicaps / Défauts vs handicaps
  7. Villains / Les méchants
  8. Sci-fi / La science-fiction
  9. Sci-fi sub-genres / Les sous-genres de la science-fiction
  10. Pacing / Le rythme
  11. Business of writing / Le métier d’auteur
  12. Submitting to editors / Soumettre son texte aux éditeurs
  13. Magic systems and their rules / Les systèmes de magie et leurs règles
  14. Costs and ramifications of magic / Les coûts et ramifications de la magie
  15. Butt in chair, hands on keyboard / Les fesses sur la chaise, les mains sur le clavier
  16. This sucks and I’m a horrible writer / C’est nul et je suis un écrivain pourri
  17. Plot twits / Les retournements de situation
  18. Humor / L’humour
  19. Doing things that are unpopular / Faire des choses impopulaires
  20. Viewpoint / Le point de vue
  21. Research / Les recherches
  22. Viewpoint and tense / Le point de vue et les temps grammaticaux
  23. Horror / L’horreur
  24. World building religion / Construction d’un monde et religion
  25. Writing for web comics / Ecrire pour des web comics
  26. Publishing / La publication
  27. Revision / Les corrections
  28. RPG and game writing / Le jeu de rôle et l’écriture pour des jeux
  29. Talking exposition / L’exposition
  30. Side characters / Les personnages secondaires
  31. The Dark Knight / Le Chevalier Noir
  32. Voice, tone and style / La voix, le ton et le style

Comme vous le voyez, il y a de tout : des conseils sur la forme, le fond, l’activité d’auteur, les problèmes de motivation, les genres littéraires, le début, la fin, les personnages, la construction, les corrections … 

Je n’ai pas encore eu le temps de me plonger dans le détail de tous les épisodes, loin de là, mais j’ai déjà trouvé quelques pépites bien intéressantes dans les premiers que j’ai lus.

Un point qui m’a intéressée par exemple, dans l’épisode 5, était l’idée de différenciation entre le « héros » et le personnage principal : le personnage principal, c’est celui par les yeux duquel l’histoire est racontée. Mais ce n’est pas forcément lui le héros de l’histoire, celui qui fait les actions clés, qui évolue, qui affronte le méchant, etc. Cette distinction me fait penser aux aventures de Sherlock Holmes, qui sont typiquement racontées par le professeur Watson : Watson donne parfois des coups de main à son ami Sherlock, mais (si je réduis beaucoup) son rôle en général est d’être « l’homme normal » par rapport auquel les facultés extraordinaires du détective sont mesurées.

Les autres conseils qui m’ont interpellée concernent la gestion des personnages, notamment pour le héros et le méchant.

Le héros, ses failles et ses talents

Sujet évoqué dans l’épisode 5, Heroes & Protagonists, et dans l’épisode 6, Flaws vs Handicaps

Dans la construction des personnages, j’ai vu souvent sur d’autres sites ou blogs le conseil de commencer par faire une liste des qualités et défauts de ses personnages. J’ai testé cette méthode pour Météorites, mais au final je la trouve un peu artificielle : j’ai plaqué ces caractéristiques sur mes personnages sans trop réfléchir à la façon dont elles contribuent à modeler leur personnalité, leur façon d’agir ou de parler. Je voudrais donc montrer ici qu’il est important, quand on réfléchit aux qualités et défauts (ou talents et failles) d’un personnage, de bien se demander en quoi elles vont être utiles à l’histoire.

J’aime cette idée de « faille », à mi-chemin entre le défaut (interne, relevant de la responsabilité du personnage) et le handicap (externe, imposé au personnage). Les failles d’un héros sont ce qui va le rendre intéressant et attachant aux yeux du lecteur, en lui permettant de s’y identifier. Quand Superman sauve le monde, on n’est pas forcément ému parce que Superman est quasiment tout-puissant. En revanche, c’est beaucoup plus intéressant quand le monde est sauvé par un personnage plus imparfait et plus bancal, pour qui c’est beaucoup plus difficile. Voir un personnage se développer en apprenant à surmonter les obstacles et à corriger ses défauts est aussi un moyen fort de s’y attacher.

Un héros imparfait ne veut pas dire un héros nul. Tout le monde est doué pour quelque chose. Pour un lecteur, c’est agréable de voir le héros être compétent dans au moins un domaine. Cela me rappelle par exemple Ophélie, l’héroïne de la série La Passe-Miroir de Christelle Dabos (dont je lis actuellement le tome 2 avec bonheur) : Ophélie est une jeune fille très maladroite, discrète comme une souris, souvent mal à l’aise dans toutes les situations. Mais elle a un pouvoir dans lequel elle excelle et qu’elle utilise avec fierté : sa capacité à lire les objets, c’est-à-dire de retrouver les émotions et les pensées de ceux qui les ont touchés avant elle. Et accessoirement, elle peut traverser les miroirs.

Là où ça devient intéressant, c’est quand cette compétence n’est pas forcément quelque chose que le héros peut utiliser pour résoudre ses problèmes … mais quand finalement, il parvient par des voies détournées à faire appel à son talent pour s’en sortir. Pensez à Harry Potter face à la première tâche du Tournoi des Trois Sorciers, et à la façon dont, après avoir bataillé pour comprendre comment ensorceler un dragon, il finit par renverser la vapeur en choisissant d’affronter le dragon dans les airs, en volant sur son balai.

Personnellement, ce ressort scénaristique du talent-inutile-mais-en-fait-non m’intéresse beaucoup, depuis que j’ai découvert ce conseil je réfléchis à la façon de l’utiliser dans mes histoires. Je trouve que c’est une astuce à la fois concrète et suffisamment générique pour que ça ne soit pas choquant de l’employer dans plusieurs histoires.

Si l’on en revient aux failles du héros, une façon de les rendre intéressantes pour l’histoire peut être que ces failles soient précisément ce que le méchant va exploiter. Elles font partie du conflit et l’exacerbent.

La lutte éternelle du méchant et du héros

Notez bien que j’utilise ici le terme classique (et un peu niais) de « méchant », mais que l’ennemi du héros n’est pas forcément une personne : ça peut être un problème à résoudre, une institution à défier, des émotions à gérer, un passé à confronter … Le « méchant » est multiforme.

Il est intéressant que le méchant ait également des défauts. Par exemple dans le Seigneur des Anneaux, Gollum est un personnage plus complexe que le tout-puissant Sauron, ce qui le rend imprévisible, parfois attachant malgré lui, donc potentiellement plus intéressant. Le méchant peut même être un personnage plus intéressant que le héros parce qu’il fait face à davantage de conflit (si  vous connaissez le dessin animé Avatar: The Last Airbender, pensez à Zuko, si vous ne connaissez pas allez tout de suite regarder cette série ♥ ). Il faut donc faire attention à ce qu’il y ait un équilibre entre héros et méchant, que le héros ait lui aussi sa part de conflits intéressants à gérer.

Contrairement au héros, le méchant ne parvient généralement pas à dépasser ses défauts, et c’est ce qui fera sa perte. Au début de l’histoire le méchant est actif tandis que le héros est plutôt réactif, il subit le conflit et les obstacles qu’il rencontre, tandis qu’à la fin cette relation s’inverse et c’est le héros qui devient actif (enfin, si votre histoire se termine bien).

 

En conclusion, impossible de citer dans cet article tous les sujets évoqués et les conseils prodigués par Writing Excuses, mais j’espère vous avoir donné envie d’aller y jeter un œil pour piocher ce qui pourrait particulièrement vous aider dans votre situation 😃

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6 commentaires sur “Conseils d’écriture de professionnels #3 : Writing Excuses

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  1. Brandon ! Brandon !!
    À propos des failles et des pouvoirs qui semblent ne servir à rien, Brandon Sanderson met cela en exemple parfaitement dans sa série Alcatraz où les personnages ont tous ou presque un pouvoir qui quand il est annoncé on ne peut que se demander en quoi c’est un pouvoir. Exemple, le pouvoir du héros est de casser tout ce qui passe et celui de son grand-père est de toujours arriver en retard…

    Il y a vraiment plein de bons conseils dans ces podcasts !

    Aimé par 1 personne

  2. Salut,
    Il y a une série en français qui s’inspire ou reprend le principe de Writing Excuses, « Des podcasts de 15 min, parce que vous avez autre chose à faire et qu’on n’a pas la science infuse ! »
    C’est la série Procrastination chez Elbakin ^^

    Juste pour ceux qui comme moi auraient trop de mal avec l’anglais x’D

    Aimé par 1 personne

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