Ecriture : Faire son coming-out d’écrivain

Quand on a l’écriture pour passion, et particulièrement quand on ambitionne de publier un roman, on peut difficilement s’abstenir d’en parler à son entourage. Pour certains, ça se fera de façon tout à fait naturelle. Mais il n’est pas toujours facile de franchir ce pas : parler du fait qu’on écrit à sa famille, ses amis, ses collègues, présenter son ou ses projet(s) en cours, expliquer la place que ce loisir un peu particulier prend dans nos vies … La plupart de mes amis auteurs, en tout cas, sont discrets sur le sujet et en parlent peu autour d’eux. Pour ma part en revanche, je suis de plus en plus amenée à le faire … Et j’y prends de plus en plus plaisir.

Je voudrais aujourd’hui explorer les raisons qui font que l’on peut redouter de parler d’écriture en public, mais aussi vous présenter tous les effets positifs qu’il peut y avoir quand on saute le pas.

Ecriture : faire son coming-out d'écrivain

4 raisons qui font hésiter à se présenter comme écrivain

  1. La peur du ridicule : cette peur-là est spécialement présente quand vous écrivez des fanfictions, voire plus généralement des genres qui sont jugés « moins nobles » que les autres, tels la fantasy, le fantastique, la SF, la chick-lit … Vous déclarez que vous écrivez des fanfictions, plein d’enthousiasme pour votre intrigue subtile et d’amour pour vos personnages, et patatras : pour votre interlocuteur, la fanfiction se résume à 50 Shades of Grey. Ou plus généralement, à des hordes de fangirls qui écrivent des torchons pour assouvir leurs fantasmes. À partir du moment où vous avez avoué faire partie de ce cénacle douteux, c’est sûr, on va vous regarder d’un drôle d’air.
  2. Le complexe de l’imposteur : oui, bon, c’est vrai, vous gribouillez un peu de temps en temps. Vous avez quelques idées d’histoires, quelques textes en cours, voire des textes achevés. Mais « écrivain » ? Non, c’est trop beau pour vous. Vous ne le méritez pas. Les écrivains ce sont les gens sérieux, les gens qui s’y consacrent vraiment, qui finissent leurs romans et les publient. Des gens qui ont le génie, l’inspiration, le talent. Vous, avec vos petites histoires, vous n’êtes qu’un amateur. Vous n’avez aucune légitimité pour vous octroyer le titre d’écrivain, ni à parler de ce que vous faites.

 

  1. Les attentes des autres : à partir du moment où vous dites que vous avez un roman en préparation, il est possible que votre auditoire s’enthousiasme. Beaucoup. Trop. Et qu’il vous redemande où vous en êtes à chaque fois que vous apparaissez dans son champ de vision. Même – voire surtout – dans les moments où, malheureusement, vous manquez de temps, ou d’inspiration, ou de motivation, ou de tout ça à la fois et où vous n’avancez pas du tout. Ou du moins, pas comme vous voudriez. Vous culpabilisez déjà suffisamment vous-même sur le sujet, mais chaque fois on vous redemande des nouvelles, et chaque fois le couteau se retourne dans la plaie. Ou bien ça y est, vous avez réussi, votre roman est enfin terminé et publié au grand jour … Mais après toute cette attente, votre public est déçu : tout ça pour ça ? Ils s’attendaient à mieux.

 

  1. La préservation de la vie privée : écrire, c’est votre plus grande passion, mais c’est aussi votre jardin secret. C’est là que vous vous réfugiez quand la vie réelle vous exaspère, c’est un monde extraordinaire que vous construisez dans votre tête, sur vos cahiers ou votre clavier. Vos personnages sont vos bébés, vous adorez infiniment chaque détail de votre univers. C’est aussi là que vous exorcisez vos démons, que vous abordez les sujets qui vous tiennent le plus à cœur, que vous osez enfin dire tout ce que vous gardez pour vous au quotidien. Alors ouvrir ce sanctuaire au monde extérieur ? S’exposer à la curiosité ou aux critiques sur des sujets aussi sensibles ? Laisser votre famille lire cette scène extrêmement NSFW ? Non, c’est trop risqué, ça ne vous intéresse pas.

 

Parmi ces raisons, certaines sont tout à fait valides et d’autres, quoiqu’un peu irrationnelles, sont présentes à l’esprit de 99% des aspirants auteurs. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut vous interdire de vous exprimer ! En parlant de vos écrits, de vos efforts et de votre passion, de très belles choses peuvent aussi arriver.

 

3 bonnes surprises que vous aurez en vous affirmant comme auteur

Comme je vous l’évoquais dans mon article 5 semaines pour écrire, j’ai eu l’occasion en 2017 de prendre un mois de break professionnel pour me consacrer à l’écriture de mon roman. Forcément, il a bien fallu expliquer les raisons de cette absence à mon entourage, et cela m’a conduite à parler de mes activités de romancière à de plus en plus de gens.

Je n’ai eu QUE des réactions positives, voire très très positives.

 

  1. Les gens sont curieux. Des écrivains, ils n’en connaissent pas vraiment et l’écriture ne fait pas partie de leurs passions. Mais cela fait qu’ils ont tout un monde à découvrir, et ils ont tout un tas de questions à vous poser. L’écrivain est pour eux un animal mystérieux dont le fonctionnement les intrigue beaucoup. Où trouvez-vous vos idées ? Comment vous y prenez-vous ? Faites-vous un plan détaillé ou bien écrivez-vous comme ça vous vient ? De façon linéaire ou dans le désordre ? A la main ou sur ordinateur ? De quoi parle votre livre ? Pourquoi ce genre-là ? Est-ce qu’il y a des dragons ? Est-ce que vous prévoyez une suite ? Est-ce que vous avez d’autres idées de livres ? Et vous pensez à vous faire publier ?
    Honnêtement, c’est fou la quantité de questions que les gens posent sur le sujet ^^ Et quand on adore écrire, en général, on adore parler de ce qui tourne autour (en tout cas, c’est mon cas, je suis inarrêtable quand quelqu’un me lance sur le sujet)

 

  1. Les gens sont impressionnés. Ils ont bien eu quelques idées d’histoires, eux aussi, mais c’est passé au second plan dans leur vie. Ils sont étonnés par votre imagination débridée, votre motivation, votre capacité à trouver du temps malgré votre vie bien chargée, votre enthousiasme. Ils découvrent une nouvelle facette de votre personnalité : vous n’êtes plus seulement une tête parmi d’autres dans leur quotidien, vous êtes cette personne un peu unique qui écrit des livres. Il faut reconnaître que c’est assez flatteur 🙂

 

  1. Les gens sont inspirés. Ils ont toujours bien aimé l’écriture ; ils n’ont jamais trop osé se lancer, mais là vous leur donnez envie ! Ils ne savent pas trop comment s’y prendre, mais … Après tout, ça doit bien être possible. Vous leur donnez envie de se lancer eux aussi dans un projet qui leur tient à cœur. D’ailleurs, ils voudraient bien en savoir plus sur cette histoire de NaNo-quelque chose …

 

Bien sûr, je continue à avoir une pointe d’intimidation quand j’aborde le sujet avec quelqu’un que je ne connais pas bien. Mais je dois dire que jusqu’à présent, je n’ai jamais regretté de l’avoir fait. D’une part, c’est toujours agréable d’avoir un sujet de conversation qui m’inspire, et d’autre part j’ai trouvé très enrichissant et valorisant d’éveiller l’intérêt et la curiosité de mes interlocuteurs. Après, je n’ai pas encore sauté le pas de faire lire mon roman puisqu’il n’est pas encore complètement achevé … Mais j’ai hâte d’y être – et je suis terrifiée !

Prochaine étape pour moi : parler plus largement du fait que je tiens un blog 😉

 

Et vous, avez-vous déjà été confronté à ces peurs et à ces situations ? Comment l’avez-vous ressenti ?

 

Crédits image : Stefan Steinbauer on Unsplash

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12 commentaires sur “Ecriture : Faire son coming-out d’écrivain

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  1. C’est très précieux ce témoignage, et ceux qui ont suivi dans tes commentaires.
    Personnellement je n’ai jamais eu à faire de coming-out d’écrivain parce que, depuis que j’écris (et donc depuis que j’ai 6 ans), je l’ai toujours crié sur tous les toits ! Enfin, non, mais c’est quelque chose que je dis très facilement et qui ne m’a jamais paru utile de cacher ou intimidant de laisser paraître. Après, ce n’est pas pour ça que mon entourage s’intéresse follement à ce que j’écris, ni même qu’il me lit. Et ce n’est pas parce que je dis facilement que j’écris que je fais facilement lire.
    Voilà pour le témoignage d’une décomplexée du placard ! ^^

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  2. C’est vrai que c’est difficile de faire son coming-out d’écrivain et les raisons que tu évoques me semblent pertinentes. Par contre, j’avoue que je n’ai pas rencontré que des réactions positives, même sur Paris haha. J’ai souvent rencontré l’indifférence et c’est peut-être la pire des réactions, notamment quand ça vient des proches (parents, frères et sœurs…). Mes parents lisent très peu, voire pas du tout, mon frère exclusivement des BDs… Le fait que j’écrive leur est un peu étranger. De la part des collègues, j’ai souvent eu droit à des regards étonnés, parfois enthousiastes, mais j’évite au maximum d’en parler, non pas par peur mais par volonté de ne pas trop leur dévoiler ma vie privée. Je fais de même avec mes autres loisirs. Bref, un article très sympa !

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  3. Mh…
    Je pense que tu as eu que des réactions positives parce que tu es déjà entourée par des gens qui sont « ouvert » à cette idée. Et allons-y franchement dans le stéréotype et le cliché: t’es dans la ville la plus artistique du monde, très chère. Le refuge des plus grands écrivains (et autres artistes) depuis des siècles. Toutes les conditions sont réunies pour que tu sois à l’aise de faire ton coming out 😉

    Moi mon entourage c’est des habitants, des campagnards, des fermiers, etc. Ils ont quelques préjugés (ecrivain= snob), ils ne lisent pas beaucoup, j’oserais même dire qu’ils ne sont pas très cultivés. Ils sont davantage des consommateurs de télé que de livres, disons. Ils n’ont pas le même regard que moi sur l’univers des mots. Pour eux, c’est un univers de la haute société, d’universitaires, etc. Je suis dans un patelin plutôt simple et modeste, où on est plus manuel qu’intellectuel alors j’ai préféré il y a longtemps ne jamais parler de mon penchant pour l’écriture à ma famille, mes collègues. Il y a deux amies qui sont au courant, et qui lisent ce que je fais, mais c’est tout. Et encore là, je n’aborde pas facilement le sujet avec elles. Comme tu dis, écrire, c’est mon jardin secret alors je tiens à le préserver.
    Peut-être que je changerai d’avis un jour quand j’aurai un roman bien à moi, plus abouti et construit, qui sait.

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    1. Tu as raison, ce n’est pas le même contexte, c’est vrai que je n’avais pas particulièrement réfléchi aux spécificités de ma situation … Je te souhaite de trouver un jour des proches avec qui tu te sentiras à l’aise pour en parler. En tout cas en attendant on est là ❤

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  4. Bonjour !
    Très intéressant comme article, c’est en effet une question que tout apprenti-auteur se pose…

    Personnellement, j’ai « sauté le pas » il n’y a pas très longtemps non plus, également à l’occasion d’un break professionnel durant lequel j’ai décidé de me consacrer à l’écriture.
    Ma famille, mes proches, étaient déjà au courant que j’écrivais… là où c’était plus dur, c’était de répondre aux interrogations de mon réseau professionnel : « tu as trouvé un nouveau travail ? » (avec l’air inquiet qui va avec)
    Au début, j’étais partisane de la stricte séparation pro/perso, mais après, j’ai trouvé que c’était plus honnête d’en parler aux personnes que j’appréciais dans mon réseau professionnel. Et mêmes réactions que celles que tu évoques : admiration, soulagement (ouf, elle n’est pas déprimée de pas travailler !), et l’envie de mettre plus en avant ses propres aspirations personnelles.

    Donc moi aussi je recommande d’en parler autour de soi ! En plus, je trouve que c’est un très bon stimulant pour avancer dans son projet !

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    1. Tout à fait ! Ton break professionnel va durer longtemps ? Je t’envie, c’est génial d’avoir des périodes où on peut vraiment se consacrer à sa passion 🙂

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      1. A vrai dire, cela fait déjà six mois et j’ai prévu de travailler sur mon projet de roman encore quelques mois.. après je ne maîtrise pas vraiment le moment où le « break » va s’arrêter, ça dépendra des opportunités pro ! En tout cas oui c’est génial de pouvoir se consacrer à temps plein à un projet de roman 😀

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