Mes écrits : « Inaccessible Effluve »

Aujourd’hui je vous propose quelque chose d’un peu nouveau : il s’agit d’un texte que j’ai écrit il y a quelques mois. C’est un petit texte isolé, qui n’a rien à voir avec mes romans en cours et que j’ai écrit en quelques minutes sous l’effet d’une inspiration subite. L’idée – la dernière phrase, plus exactement – m’est venue de façon complètement spontanée, un jour où je traversais la rue après être allée acheter un parfum pour l’anniversaire d’une amie.

Je vous partage ce texte pour vous faire découvrir mon style d’écriture. J’espère que ça vous plaira, n’hésitez pas à me donner vos impressions en commentaires !

"Inaccessible effluve", par Astrid Stérin

Inaccessible effluve

Ce parfum, elle en rêvait depuis des mois. Depuis qu’il était apparu dans la vitrine de cette boutique qui était si jolie. Elle n’y était jamais entrée – les articles présentés là étaient bien trop chers, bien trop beaux pour elle. Mais elle prenait plaisir à y jeter un œil, à s’accorder une seconde de rêve sur son chemin, chaque soir et chaque matin.

Mais ce parfum, c’était autre chose. Jamais on n’avait réuni tant de divine délicatesse et d’indécente sensualité en un seul objet. Le flacon à lui seul était un bijou, un écrin. Son cristal d’une finesse suprême scintillait derrière la vitrine comme s’il était incrusté de diamants. Ses courbes légères et ravissantes s’évasaient comme des fleurs avant de se rejoindre en un baiser que surmontait le cabochon écarlate du capuchon. Et quelle odeur ! Elle en surprenait les effluves chaque fois qu’une dame ouvrait la porte de la boutique au moment de son passage. Ce n’était pas une de ces eaux de Cologne à trois sous qui piquaient le nez, ni un de ces jus de fleurs pâlots qu’on vendait au marché. Non. C’était un parfum précieux. Ses notes évoquaient des épices rares et raffinées. Rien qu’à le sentir on se sentait ailleurs, dans l’un de ces jardins mystérieux et célestes qui faisaient les délices des plus grands poètes.

Elle adorait ce parfum avec passion. Elle y songeait le jour, elle en rêvait la nuit. Il fallait qu’elle l’achète. Il lui semblait que le porter – oh ! ne serait-ce qu’une goutte ! – ferait d’elle une reine, comme toutes ces dames élégantes qui passaient la porte de la boutique. Mais son maigre pécule était bien loin d’égaler le chiffre terrible inscrit dans la vitrine. Pourtant, elle ne pouvait pas renoncer. Tout son bonheur était contenu dans ce flacon.

Elle se mit à travailler avec ferveur, prit un autre emploi la nuit, déploya des trésors de charme pour emprunter de l’argent à quelques connaissances. Ses dettes s’accumulaient de façon terrifiante mais il serait bien temps, quand elle serait devenue reine, de les rembourser. Elle s’épuisa dans ces efforts, mais rien n’était trop pénible pour atteindre son rêve. Et un soir, enfin, elle atteignit le chiffre.

Le lendemain serait le jour de son sacre. Elle se sentait voler. Elle ne mit pas ce jour-là sa tenue de travail, mais sortit ses plus beaux effets et se vêtit avec tout le soin possible. Sentant presque le poids d’une couronne sur sa tête, elle sortit dans la rue et se dirigea vers la jolie boutique. On ouvrit la porte devant elle. Elle inclina la tête, sourit, et désigna le merveilleux flacon. L’objet de ses désirs fut placé dans une boîte charmante et tout enveloppé de papiers blancs et soyeux. On y mit des rubans, une carte, et même un brin de muguet. Sans un regret, elle déposa sur le comptoir de marbre tout ce qu’elle possédait au monde et prit son trésor dans ses mains tremblantes. On lui souhaita une belle journée. Elle était assurée que sa vie changerait à jamais.

Elle rentra chez elle, rêvant tout en marchant de la minute où elle pourrait enfin ouvrir ce beau coffret, arracher ce coquin de capuchon rouge et savourer le délice de se parfumer de la tête jusqu’aux pieds. Son fiancé en serait fou. Elle ne désirerait rien d’autre jusqu’à la fin de ses jours.

Elle ne vit pas la voiture qui approchait à toute allure.

Le choc fut implacable.

Le précieux paquet tomba de ses mains et l’inestimable flacon se brisa en mille éclats sur la chaussée.

Le capuchon rouge roula jusqu’à ses lèvres inertes.

Jamais scène macabre n’avait senti si bon.

 

Crédits image : stevepb sur Pikwizard

Publicités

10 commentaires sur “Mes écrits : « Inaccessible Effluve »

Ajouter un commentaire

  1. J’aime beaucoup! Tu as réussi à résister à la tentation de décrire les vêtements si soigneusement choisis par ton héroïne, je t’en félicite! 😉

    Aimé par 1 personne

  2. Géniale la chute ! Je l’ai vraiment pas vue venir :O (c’est le principe, en même temps ^^)

    Au plaisir de lire de prochains textes issus de ta plume 🙂

    Aimé par 1 personne

  3. Mais c’est que t’es sadique dis donc!!!
    La chute est brutale!
    On s’y attend pas donc chapeau pour ça, c’est réussi pour la surprise. Les OS ont ce pouvoir là je trouve; on peut passer de la légèreté au drame en un clin d’oeil.

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :