Comment muscler sa plume en écrivant de plus en plus

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Faut-il écrire tous les jours ? Ce débat est un sujet classique parmi les écrivains, et les avis demeurent partagés. Chacun a sa façon de fonctionner. En ce qui me concerne je pense qu’écrire tous les jours est un idéal, rarement difficile à atteindre certes, mais qui peut vraiment faire la différence

 

Pourquoi écrire tous les jours ?

Le conseil d’écrire tous les jours est l’un de ceux qu’on entend le plus en tant qu’écrivain. Et sur le sujet, il y a deux camps à peu près irréconciliables. Certains auteurs n’aiment vraiment pas l’idée : ils considèrent que se forcer à écrire chaque jour coûte que coûte, même quand on n’a pas vraiment le temps ni l’inspiration, peut être destructeur et transformer l’écriture en corvée douloureuse. D’ailleurs, c’est souvent quelque chose qui ressort du NaNoWriMo : à la fin du mois, on peut se retrouver complètement épuisé et un peu dégoûté par l’écriture à force de n’avoir fait que ça.

D’autres, au contraire, soutiennent qu’écrire chaque jour est viscéralement important. Je pense en particulier au blog Writing about Writing, dont je vous ai déjà parlé. La ligne éditoriale de sa (très chouette) page Facebook tourne beaucoup autour de l’encouragement à écrire le plus possible, avec des citations d’auteurs célèbres à la clé. Son argument principal : écrire est comme n’importe quel art, si on veut vraiment bien faire, on travaille. Ecrire seulement quand on le sent, c’est bien si l’écriture n’est qu’une activité parmi d’autre, un plaisir qu’on prend pour se détendre. Mais si l’on veut écrire de façon sérieuse en vue de devenir un auteur publié, il faut accepter l’idée d’écrire même quand on aurait envie de faire autre chose. Aucune carrière ne peut se construire sans travail.

Writing about Writing complète son propos avec quelques précisions. Il propose d’écrire tous les jours, pas forcément sur le projet (roman, nouvelle, poème …) qu’on a en cours mais sur quelque chose : un post de blog, un long mail, de l’écriture libre … Les athlètes varient les exercices d’un jour à l’autre, les écrivains peuvent faire la même chose. Ce n’est pas grave de rater un jour, ou quelques uns, tout le monde a droit à des vacances. Et ce n’est pas parce qu’on n’écrit pas tous les jours qu’on n’aura jamais de succès.

 

Ecrire tous les jours : un vœu pieu ?

Je trouve qu’il a raison. Et aussi que, dans nos vies qui sont toutes très bien remplies (levez la main si 24h ne vous suffisent pas), c’est souvent difficile de caser du temps pour l’écriture. Rappelons que « 98% des auteurs publiés ont un autre métier » pour compléter leurs revenus. La grande majorité d’entre nous consacre l’essentiel de son temps à des tâches autres que l’écriture (je n’arrive même pas à comprendre comment ceux qui doivent gérer une famille se débrouillent).

Encore, quand on est dans une phase de premier jet où il faut juste mettre des mots sur le papier, comme avec le NaNo, c’est possible de profiter de chaque bribe de temps libre pour écrire. Mais quand on attaque les phases de correction, où il faut se concentrer sur l’équilibre de la structure, je trouve ça beaucoup plus difficile.

Je suis tombée récemment sur cet article qui m’a bien fait rire : 10 conseils d’écriture que je ne suis jamais, du blog d’Agnès Marot. Lisez-le, il est très déculpabilisant ! 😃 Je la rejoins sur l’idée que parfois, pour écrire, on ne fonctionne bien que quand on a des longues plages de plusieurs heures de concentration devant soi, et c’est une chose qu’il est compliqué d’avoir toutes les semaines, sans parler de tous les jours.

Mais.

 

Muscler sa plume pour mieux l’apprivoiser

Au-delà du résultat très concret d’écrire davantage, j’ai pu observer que se consacrer quotidiennement à l’écriture avait un autre bienfait : apprivoiser l’exercice de l’écriture.

Quand j’ai eu la chance de pouvoir consacrer un mois à l’écriture (*soupir nostalgique*), j’ai constaté une chose impressionnante. La première semaine, j’écrivais tant bien que mal 3 heures par jour, et je sautais des jours le week-end pour cause de flemme. Mais vers la fin du mois, j’étais passée sans souci à 5 heures d’écriture quotidienne, voire 6, et même 7. Je n’avais plus jamais la flemme de m’y mettre. Ecrire était devenu de plus en plus facile, et de plus en plus un plaisir. Travailler sur son roman chaque jour est extrêmement précieux pour garder l’histoire bien en tête, se souvenir des détails, savoir exactement quel bout de scène vous affectez si vous changez quelque chose dans tel ou tel chapitre. C’est ce qui permet que vos personnages et votre intrigue continuent à vous trotter dans la tête quand vous vous baladez, quand vous faites la vaisselle ou quand vous vous lavez les dents. Votre cerveau continue à travailler en tâche de fond et, parfois, ça permet d’avoir des inspirations de génie et de débloquer des choses.

Inversement, moins j’écris et plus j’ai de mal à m’y remettre – comme beaucoup de monde, et comme avec beaucoup d’activités. Quand on n’a pas écrit depuis des semaines ou des mois et qu’on pense à la tâche immense qui nous attend, on peut être amené à procrastiner : on n’a pas suffisamment l’esprit à ça pour y mettre la concentration nécessaire, on va avoir besoin d’heures entières rien que pour relire ses notes, etc. Ecrire régulièrement permet de découper cette grande oeuvre terrifiante en plein de petits pas.

 

Depuis près de deux mois, je me suis fixé comme objectif d’écrire un quart d’heure tous les matins. A la base, j’étais déprimée d’avoir terminé mon mois d’écriture et de reprendre une vie normale où mes romans avaient beaucoup moins de place. Ecrire le matin est devenu une façon de me garantir une petite bulle dans la journée, de me prendre du temps pour quelque chose d’important, et qui me donne envie de sortir de mon lit.

En revanche, je consacre assez rarement ce créneau à travailler sur mon roman en cours, Chevalier. Pendant quelques semaines je me suis remise à une de mes fanfictions qui végétait depuis des mois. Puis j’ai commencé à intégrer quelques corrections mineures dans Chevalier. Mais comme je dois actuellement retravailler certains points de l’intrigue, ce qui requiert réflexion et concentration, je préfère passer mon quart d’heure matinal à écrire mes articles de blog (au moment où je rédige cette phrase, il est 7h38), ou à fouiller internet pour trouver de nouveaux blogs littéraires à découvrir. J’aime beaucoup commencer ma journée en me disant que je suis une auteure, que c’est quelque chose qui fait partie de ma vie et que je dois entretenir, de la même façon que prendrais le temps d’aller courir si je préparais un marathon.

Ce quart d’heure matinal est donc plutôt un travail sur mon état d’esprit, qui n’a pas beaucoup d’impact sur l’avancée de mon roman. Mais je pense que ça aide à me garder motivée pour écrire dès que j’en ai l’occasion. Parler de mes romans le matin m’encourage à leur consacrer du temps le soir. Rédiger un blog sur l’écriture et ne plus écrire soi-même, ça serait quand même un peu dommage, non ?

 

Crédits image : Estée Janssens on Unsplash

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4 commentaires sur “Comment muscler sa plume en écrivant de plus en plus

Ajouter un commentaire

  1. C’est une bonne idée. Il faut être focalisé et disciplinée par contre.
    Les matins où je me propose d’écrire avec mon café, ce n’est pas souvent très concluant.
    Je suis de l’école qu’il faut continuer d’écrire pour que le muscle reste. Comme toi, je pense que ça ne veut pas forcément dire seulement écrire sur son projet en cours (je n’ai pas touché mon roman depuis un siècle mais je suis très productive)
    Super idée.

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    1. Contente que ça te plaise 🙂 je trouve que le créneau 15-20 minutes est bien pour être focalisé : j’ai assez de temps pour rentrer un peu dans le détail des choses, mais en même temps si je traîne trop je vais arriver en retard au bureau !

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